Depuis quelques jours, une rumeur aussi folle qu’improbable a inondé les réseaux sociaux: Nagui serait l’auteur de les mutilations de chevaux qui ont lieu dans toute la France. Une blague comme tant d’autres sur internet, à la différence qu’elle s’est considérablement développée. Comment? ‘Ou quoi?

L’agence réseaux sociaux OTTA et le cabinet d’analyse conversationnelle Premier lien, Acteurs du digital bordelais, déchiffrent pour SudOuest.fr les mécanismes qui ont permis cette rumeur se répand comme une traînée de poudre, au point d’être pris au sérieux par certains internautes. Un “cas de manuel”.

Une blague d’écolier prise dans les engrenages d’un algorithme

«Tout a commencé par une blague relativement écolière», explique Stéphanie Laporte, directrice de l’agence Otta. Rapidement repris par des trolls plus ou moins bien intentionnés et de fausses créateurs de nouvelles, dont certains se font passer pour les médias grand public (en particulier le Sud-Ouest), ce canular est capté par l’algorithme de Twitter, et probablement aussi par Facebook puis la tendance du sujet monte. «C’est assez logique car l’algorithme est basé sur le nombre de relais et d’interactions, quel que soit leur ton», souligne Stéphanie Laporte.

Un faux article du Sud-Ouest. © Crédit photo: SudOuest.fr

«Que les gens soient choqués, prétendent être choqués, plaisantent ou expliquent que ce n’est pas possible, dans tous les cas, Twitter considérera le sujet comme pertinent. “

À partir de là, c’est l’engrenage. L’effet de chargement amplifie encore les interactions dans le contenu, et Nagui est à la mode. Intrigués, d’autres internautes cliquent dessus, se demandant pourquoi Nagui est l’un des sujets les plus populaires et, à leur tour, sont exposés aux fausses nouvelles, certains comprenant qu’il s’agit de second degré tandis que d’autres, moins informés, le font. ils prennent pour argent comptant.

Il y a aussi deux autres phénomènes: une augmentation de la part des internautes amusés par l’absurdité de la blague et qu’ils dépassent l’offre, renforçant ainsi l’algorithme.

L’autre amplification est plus involontaire et provient du soutien de Nagui qui, en cherchant à neutraliser la rumeur, contribue en fait à la renforcer, à travers une sorte de Effet Streisand (phénomène médiatique dans lequel le désir d’éviter la divulgation d’informations que l’on aimerait garder cachées, qu’il s’agisse de simples rumeurs ou de faits vrais, déclenche le résultat inverse). Dans ce cas, la chroniqueuse “Soundtrack” Fanny Ruwet, en s’amusant sur Twitter de l’absurdité de cette rumeur (Nagui est ambassadrice de l’association L214 et végétarienne, ndlr), a finalement amplifié le phénomène également. . Comme le compte @defakator, qui en démantelant la rumeur lui a donné une certaine visibilité.

Enfin, dernier maillon de la chaîne: les médias, qui en cassant le phénomène, remettent une partie dans la machine, alors que certains ont surfé sur la vague pour générer des clics ».

Comment la rumeur de Nagui s'est-elle propagée sur Twitter et qui l'a diffusée?
Comment la rumeur de Nagui s’est-elle propagée sur Twitter et qui l’a diffusée? © Crédit photo: Premier lien

Aucune attaque coordonnée

Otta et First Link se sont également penchés sur les personnes qui ont relayé la rumeur pour voir s’il s’agissait potentiellement d’une attaque coordonnée lancée par un mouvement politique ou idéologique. «Et nous avons la confirmation qu’il ne s’agit que d’une rumeur», déclare Stéphanie Laporte.

“Ce sont essentiellement des profils isolés d’internautes. Il n’y a pas de profils guidés par un parti comme certains l’ont supposé en raison de l’origine égyptienne de Nagui.”

Comme l’explique le directeur de l’agence Otta, les contenus créés par «certaines sphères d’influence» (extrême droite, extrême gauche, etc.) se retrouvent assez facilement puisqu’ils sont retransmis par de faux comptes ou des comptes de fans. dans des vagues de retweets coordonnés. Cependant, dans le cas de la folle rumeur qui fait de Nagui un bourreau équin, la diffusion se fait plutôt «naturellement, par des gens qui n’ont globalement aucun lien entre eux».

Et même si certains internautes se sont vaguement fait passer pour eux-mêmes dans les médias, ce ne sont pas des profils liés à de faux comptes liés à des mouvements politiques ou idéologiques. Quant aux internautes qui en ont profité pour faire des propos racistes ou diffamatoires, il s’agit là encore d’attaques isolées, bien que répréhensibles.

Et après ?

Quoi qu’il en soit, l’essentiel du phénomène est terminé et Nagui devrait pouvoir se rassurer sur les réseaux sociaux. “Nous aurons une petite extension du pic en raison de cette reprise médiatisée”, a déclaré Stéphanie Laporte.

“D’un autre côté, vous devrez peut-être faire attention à ce que l’on appelle le dark social, c’est-à-dire le partage privé, un peu comme les e-mails en chaîne. Il peut y en avoir, en particulier sur Facebook. Et ce type de partage peut avoir des retombées pendant quelques jours, voire quelques semaines… Malheureusement, si la deuxième année est bien comprise sur Twitter, où les utilisateurs y sont habitués, sur Facebook, malheureusement, ce n’est «pas toujours le cas».

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