En décembre 2021, la Cour de cassation a reconnu la compétence du tribunal civil de Nanterre en matière de devoir de vigilance.

Plus de 15 ans de fond

Le devoir de vigilance des sociétés mères a été introduit dans le Code de commerce par la loi sur le devoir de vigilance du 27 mars 2017. Cette loi établit que les entreprises françaises de plus de 5 000 salariés en France et/ou de plus de 10 000 salariés dans le monde (y compris filiale employés) établira, publiera et exécutera un « plan de veille ». Ce plan vise à identifier, anticiper et prévenir les violations des droits humains pouvant résulter des activités de la société mère, de ses filiales et sociétés affiliées contrôlées, ainsi que des fournisseurs et sous-traitants.

Incertitude de la jurisprudence

La loi sur le devoir de surveillance ne prévoyant pas de règles de compétence particulières pour les litiges liés aux plans de surveillance, cela a conduit à des interprétations jurisprudentielles contradictoires : alors que la cour d’appel de Versailles a considéré que les tribunaux de commerce étaient compétents. Le Tribunal Judiciaire de Nanterre s’est déclaré compétent le 11 février 2021.

Le récent arrêt de la Cour de cassation française

Dans une décision datée 15 décembre 2021, la Cour de cassation a reconnu la compétence du tribunal civil de Nanterre dans le cadre d’une action intentée par une association au sujet de prétendus problèmes liés à un plan de surveillance d’entreprise.

Bien que les plaignants aient engagé une procédure devant le tribunal civil de Nanterre, la cour d’appel de Versailles avait jugé que les tribunaux de commerce étaient compétents, arguant que l’élaboration et la mise en œuvre du plan de surveillance affectaient directement l’activité des entreprises et, par conséquent, sa gestion.

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Cette décision a été infirmée par la Cour de cassation française, qui a d’abord jugé que le plan de surveillance n’était pas une « action commerciale » et a estimé que si l’établissement et la mise en œuvre d’un plan de surveillance avaient un lien direct avec la direction de l’entreprise, ce qui pouvait justifier compétence du tribunal de commerce, les demandeurs non commerciaux avaient néanmoins la faculté de porter leur cause devant le tribunal de commerce ou le tribunal civil. Dès lors, l’affaire a été renvoyée devant le tribunal de première instance, c’est-à-dire le tribunal civil de Nanterre, pour examen au fond.

Cette décision mettra fin au débat sur la compétence des tribunaux pour les litiges liés au devoir de vigilance, du moins dans la forme actuelle de la loi.

La loi favorise la confiance dans le système judiciaire

Bien que généralement cohérente, une telle décision n’est pas entièrement conforme aux dispositions de la nouvelle loi sur le renforcement de la confiance dans le système judiciaire. Cette dernière confère compétence exclusive au Tribunal Civil de Paris pour les questions liées au devoir de vigilance.

Comme discuté dans notre article précédent « Devoir de vigilance : le Parlement français n’attribue compétence qu’au tribunal civil de Paris« Après d’intenses débats entre députés et sénateurs, la loi pour l’instauration de la confiance dans la magistrature a finalement décidé de conférer compétence exclusive au tribunal civil de Paris pour les questions liées au devoir de vigilance (futur article L. 211-21 du Code judiciaire Organisation française).

Bien que cette loi ait été validée par le Conseil constitutionnel français le 17 décembre 2021, elle entrera en vigueur le lendemain de sa publication au Journal Officiel.

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Ainsi, dès l’entrée en vigueur de la loi pour la confiance dans la magistrature, seul le tribunal civil de Paris sera compétent pour statuer sur les futures affaires de devoir de vigilance en matière de première instance. Concernant les affaires pendantes, il sera nécessaire de les analyser au cas par cas en fonction de l’étape du processus et, dans certains cas, leur renvoi au Tribunal Civil de Paris pourra être envisagé. Un décret pourrait apporter des orientations supplémentaires dans les prochains mois.

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