Paris (AFP)

Près de 200 pays entament lundi des négociations en ligne pour valider un rapport scientifique de l’ONU qui servira de base aux sommets d’automne chargés de prévenir une catastrophe climatique à l’échelle planétaire.

Les vagues de chaleur, les inondations et les sécheresses record sur trois continents ces dernières semaines, toutes amplifiées par le réchauffement climatique, rendent l’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) plus que opportune.

“Cela va être un signal d’alarme, cela ne fait aucun doute”, a déclaré Richard Black, fondateur et associé principal de la Climate and Energy Intelligence Unit, basée à Londres.

Le rapport, a-t-il noté, intervient quelques semaines à peine avant une Assemblée générale des Nations Unies, un sommet du G20 et le sommet sur le climat COP26 de 197 pays à Glasgow.

Le monde est un endroit différent depuis la dernière évaluation complète du GIEC en 2014 sur le réchauffement climatique, passé et futur.

Depuis lors, les doutes persistants que le réchauffement s’accélérait ou était presque entièrement d’origine humaine, ainsi que l’idée faussement rassurante que les impacts climatiques sont le problème de demain, se sont évaporés dans la brume des vagues de chaleur et des incendies meurtriers.

Autre jalon depuis le dernier tome du GIEC : l’Accord de Paris a été adopté, avec une promesse collective de limiter l’augmentation de la température à la surface de la planète à « bien en dessous » de deux degrés Celsius (36 degrés Fahrenheit) au-dessus des niveaux de la fin XIXe siècle.

La pollution au carbone provenant de la combustion de combustibles fossiles, des fuites de méthane et de l’agriculture a fait monter le thermomètre jusqu’à 1,1 degré Celsius jusqu’à présent, et les émissions sont à nouveau en forte hausse après un bref intermède imposé par le Covid, selon l’agence Energy International (AIE).

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Le traité de 2015 comprend également une limite de réchauffement cible de 1,5 degré Celsius, et de nombreuses parties supposent clairement que cet objectif pourrait être ignoré en toute sécurité.

Mais un rapport spécial du GIEC en 2018 a montré à quel point 2 degrés Celsius supplémentaires seraient encore plus dévastateurs pour l’humanité et la planète.

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– Réduire le danger –

“1,5 degré Celsius est devenu la cible de facto”, et preuve de l’influence du GIEC dans l’élaboration de la politique mondiale, a déclaré à l’AFP Peter Thorne, auteur principal du GIEC et professeur à l’université Maynooth.

Les scientifiques ont calculé que les émissions de gaz à effet de serre doivent diminuer de 50 % d’ici 2030 et être complètement éliminées d’ici 2050 pour rester dans la fourchette de 1,5 degré Celsius.

Un troisième changement radical au cours des sept dernières années concerne la science elle-même.

“Aujourd’hui, nous avons de meilleurs modèles de projection climatique et des observations plus longues avec un signal beaucoup plus clair du changement climatique”, a déclaré à l’AFP le climatologue Robert Vautard, également auteur principal du GIEC et directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace en France.

On peut dire que la plus grande percée est ce qu’on appelle les études d’attribution, qui pour la première fois permettent aux scientifiques de quantifier rapidement dans quelle mesure le changement climatique a augmenté l’intensité ou la probabilité d’un événement météorologique extrême.

Par exemple, quelques jours seulement après le “dôme de chaleur” meurtrier qui a brûlé le Canada et l’ouest des États-Unis le mois dernier, le consortium World Weather Attribution a calculé que la vague de chaleur aurait été pratiquement impossible sans le réchauffement provoqué par l’homme.

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Mais l’analyse après coup n’est pas la même chose que la prévision, et le GIEC, créé en 1988 pour éclairer les négociations climatiques de l’ONU, a été critiqué par certains pour avoir minimisé le danger, un modèle que l’historienne des sciences de Harvard Naomi Oreskes a qualifié de ” pécher par excès de moins de drame.”

– ‘Changement transformationnel’ –

À partir de lundi, des représentants de 195 pays, accompagnés d’éminents scientifiques, examineront un “résumé à l’intention des décideurs politiques” de 20 à 30 pages, ligne par ligne, mot pour mot.

La réunion virtuelle de ce premier volet, qui porte sur les sciences physiques, du rapport en trois parties prendra deux semaines au lieu de l’habituelle, et la publication du document est prévue pour le 9 août.

La deuxième partie du rapport, à paraître en février 2022, porte sur les impacts.

Un projet de fuite obtenu par l’AFP prévient que le changement climatique va fondamentalement remodeler la vie sur Terre dans les prochaines décennies, même si la pollution par le carbone qui réchauffe la planète est maîtrisée, et appelle à un “changement transformateur” pour que les générations futures ne fassent pas face à bien pire .

La troisième partie, à paraître le mois suivant, examine les solutions pour réduire les émissions.

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Basé presque entièrement sur des recherches publiées, le rapport de cette semaine en cours d’examen prévoira probablement, même dans des scénarios optimistes, un “dépassement” temporaire de l’objectif de 1,5 degré Celsius.

Un nouvel accent sera également mis sur les événements dits « à faible probabilité et à haut risque », tels que la fonte irréversible des calottes glaciaires qui pourraient élever le niveau de la mer en mètres et la décomposition du pergélisol chargé de gaz à effet de serre.

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“Les commentaires qui amplifient le changement sont plus forts que nous ne le pensons et nous approchons peut-être d’un point de basculement”, a déclaré Tim Lenton, directeur de l’Institute for Global Systems de l’Université d’Exeter.