Par AFP

Kampala. Les géants pétroliers chinois et français ont finalement conclu mardi un accord de 10 milliards de dollars pour débloquer les ressources énergétiques de l’Ouganda et construire un vaste oléoduc régional, un mégaprojet qui a exaspéré les groupes environnementaux.

La soi-disant décision finale d’investissement devrait ouvrir la voie à l’exportation de millions de barils d’or noir qui a été découvert pour la première fois en 2006 en Ouganda, l’une des régions les plus riches en biodiversité du monde.

La décision donne le feu vert définitif au projet longtemps retardé et a été saluée par le président ougandais Yoweri Museveni comme une impulsion économique majeure pour ce pays enclavé d’Afrique de l’Est où beaucoup vivent dans la pauvreté.

Les critiques accusent cependant ce programme ambitieux de menacer les moyens de subsistance de dizaines de milliers de personnes et les écosystèmes fragiles au cœur de l’Afrique.

L’accord d’investissement de 10 milliards de dollars a été annoncé lors d’une cérémonie à Kampala par les dirigeants du français TotalEnergies et de la branche locale de la China National Offshore Oil Corporation (CNOOC).

Les entreprises veulent extraire les énormes réserves de pétrole brut sous le lac Albert, une frontière naturelle longue de 160 kilomètres (100 miles) entre l’Ouganda et la République démocratique du Congo.

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– ‘Un chef-d’œuvre’ –

Le pétrole serait pompé depuis l’Ouganda dans un oléoduc chauffé de 1 443 kilomètres (900 milles) – censé devenir le plus long de son type une fois terminé – à travers la Tanzanie jusqu’au port de Tanga dans l’océan Indien.

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Le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanne, a qualifié le pipeline controversé de « chef-d’œuvre ».

« Aujourd’hui est le jour où nous nous engageons à investir 10 milliards de dollars dans les projets Tilenga et Kingfisher et le pipeline de 1 443 km de long », a-t-il déclaré.

« A partir d’aujourd’hui avec le FID, le projet entrera pleinement dans la phase de construction. »

Museveni a admis qu’il avait été impatient au sujet du long processus de négociation pour faire démarrer le projet, mais a déclaré que l’oléoduc pourrait devenir un « noyau » pour le pétrole d’Afrique de l’Est.

Le projet s’est heurté à divers obstacles, notamment des querelles sur des accords fiscaux et un changement d’avis sur l’emplacement de l’oléoduc qui devait initialement traverser le Kenya.

Museveni a également rejeté les préoccupations des groupes environnementaux.

« Laissez les ONG aller dormir dans la brousse si elles veulent… Nous ne cachons rien. »

Le lac Albert repose sur environ 6,5 milliards de barils de brut, dont environ 1,4 milliard de barils sont actuellement considérés comme récupérables.

Le premier pétrole ougandais devrait couler en 2025 – près de deux décennies après la découverte des réserves – avec une production commerciale à grande échelle prévue pour l’année suivante, lorsque 230 000 barils par jour de brut particulièrement visqueux devraient être pompés.

– Impact « dévastateur » –

En Ouganda, le forage est situé dans plusieurs réserves naturelles, dont l’une s’étend jusqu’aux Murchison Falls, le plus grand parc national du pays.

TotalEnergies, anciennement Total, a déclaré l’année dernière qu’elle avait pris des mesures pour réduire l’impact du projet sur les personnes et l’environnement, mais les groupes de conservation l’accusent d’être dévastateur.

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Le projet de pipeline « déplacerait des milliers de ménages, mettrait en danger les ressources en eau de millions d’Ougandais et de Tanzaniens, dévasterait les écosystèmes vulnérables et plongerait le monde plus loin dans le chaos climatique », a déclaré le directeur régional du groupe de campagne 350Africa.org, Landry Ninteretse, dans un communiqué.

Un rapport de l’année dernière de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH) basé sur des études avec Oxfam a déclaré que le projet affecterait plus de 12 000 familles et que les communautés n’avaient aucune idée si leurs terres seraient perdues.

Un consortium d’ONG ougandaises et françaises a déposé une plainte en 2019 contre l’entreprise française l’accusant de ne pas respecter les obligations légales de protection de l’environnement et des droits des personnes affectées par le projet.

En décembre, la Cour de cassation, la plus haute juridiction de France, a décidé que l’affaire devait être entendue par un tribunal civil plutôt que confiée à un tribunal de commerce, ce qui, selon les militants, était une victoire importante.