Le tribunal de commerce de Marseille examine ce lundi une offre de reprise de la marque de mobilier Alinéa, en sursis de paiement, par ses actionnaires actuels. Instructions d’utilisation de cette procédure, rendues possibles par un arrêté gouvernemental du 20 mai.

Gaël Perdriau, maire de LR de Saint-Etienne, a pris d’assaut mi-août contre cette ordonnance motivée par la crise sanitaire, mais qui selon lui aurait pu “conséquences désastreuses«Jusqu’à la fin de 2020, il permet aux chefs d’entreprise ayant déposé le bilan de se présenter comme des acheteurs si leur offre maintient l’emploi.

L’affaire concerne le cartel Alinéa, déclaré en faillite fin mai. La seule offre de reprise vient de la famille Mulliez, déjà propriétaire de cette marque avec des magasins dans toute la France. Pour Gaël Perdriau, particulièrement préoccupé par le fait que la métropole de Saint-Étienne abrite un magasin Alinéa qui n’apparaît pas dans l’OPA de Mulliez, le risque est que les actionnaires puissent “acheter votre entreprise” après “indemnisé ses dettes auprès des fournisseurs ou auprès de l’Etat et des organisations sociales».

Pourquoi une telle mesure?

Un avocat de la faillite, Thomas Deschryver de Cornet Vincent Segurel, ne souhaite pas commenter le cas spécifique d’Alinea. Il pense cependant que l’ordre peut être “un mécanisme intéressant dans cette période Covid“, parce qu’elle “enregistrer autant d’emplois que possible». «Si un dirigeant veut reprendre sa propre entreprise, mais propose de sauver moins d’emplois qu’un autre, j’ai le sentiment que l’esprit de l’ordonnance n’est pas de laisser l’entreprise au dirigeant à sa place, mais de favoriser la pérennité de l’entreprise.», Explique-t-il à l’AFP.

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Me Deschryver cite deux exemples. Dans le cas de la marque de vêtements pour enfants Orchestra-Prémaman, le fondateur a vu son offre sélectionnée car «elle a dit mieux socialementCependant, il frémit au sein de l’entreprise.Dans le cas de la chaîne de vêtements Camaïeu, en revanche, le tribunal de commerce de Lille a préféré la société de financement immobilier bordelais (FIB) au détriment de la direction actuelle, favorisant une offre qui n’est pas sortie “Quoi»500 employés à l’étage.

Il y a un “effet d’aubaine»?

Pour Alinéa, l’équation est différente, puisqu’il n’y a qu’une seule offre qui conserve un nombre significatif d’emplois, environ la moitié des 2 000 postes actuels, celle d’Alexis Mulliez. Un rapport au Président de la République, publié le 21 mai au Journal officiel, dit noir sur blanc: “Le tribunal et le ministère public veilleront à ce que le plan de cession ne soit pas seulement une opportunité pour le débiteur d’effacer ses dettes et de réduire ses effectifs en se présentant, ou par un intermédiaire, une offre de reprise».

De son côté, la direction d’Alinéa “annule tout effet inattendu»:«Il n’y a pas de dette accumulée pendant des années. Il n’y avait qu’une seule responsabilité due»Au moment de la faillite.

Quel risque pour les fournisseurs et le public?

Les managers pourraient poursuivre leur activité en n’ayant pas payé leurs dettes, par exemple auprès des fournisseurs. De plus, le coût des salaires pendant la période parfois longue de l’administration judiciaire de plusieurs mois, sans parler des éventuels plans de licenciement, pourrait peser sur l’Association pour la gestion du système de garantie des réclamations des salariés (AGS), un organisme collective, qui profite à l’employeur.

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Mais Alinéa l’assure, le coût du paiement des salaires depuis la faillite, c’est-à-dire “15 millions d’euros», Ne sera pas sous la responsabilité de cette organisation sociale. Il “seront remboursés grâce à la vente du stock des magasins non récupérés et celle du siège d’Aubagne«Les syndicats sont sceptiques.

Avant cette commande, les fournisseurs n’étaient pas forcément mieux lotis, avec des plans de continuité des activités prévoyant un rééchelonnement ou une annulation de dette. Désormais “un fournisseur non payé par un entrepreneur majeur pourrait recourir à un prêt garanti par l’État»Dit Thomas Deschryver.