Alors que s’éloigner des pesticides créera des difficultés, notamment en termes de productivité, l’agroécologie est la solution nécessaire pour résoudre ce problème et générer à terme des bénéfices dans la production, a déclaré le chercheur Xavier Reboud à EURACTIV.

L’Europe et la France ont pour objectif de réduire de moitié l’utilisation des pesticides d’ici 2030, conformément à la stratégie Farm to Fork du Green Deal et au plan Ecophyto II+.

Cependant, la mise en œuvre de ces engagements reste incertaine. Au niveau européen, il y a un débat acharné entre les défenseurs du Green Deal européen et les « productivistes » qui veulent réduire les ambitions au nom de la souveraineté alimentaire.

Alors que la Commission européenne aurait pu inscrire ces mesures contraignantes dans un cadre légal, elle a repoussé la présentation de son « paquet protection de la nature » à mars dernier.

En France, Emmanuel Macron s’est engagé lors de sa campagne présidentielle de 2017 à se débarrasser du glyphosate avant de revenir sur sa position ; tout comme il a renversé sa position sur l’interdiction pure et simple des néonicotinoïdes en accordant des exemptions, une décision largement combattue par les écologistes.

La recherche est maintenant mobilisée pour aider à façonner un avenir sans pesticides. En effet, l’Institut français de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) a lancé le «Vers une agriculture sans pesticides chimiques» initiative avec ses homologues allemands ZALF et JKI.

Cette « European Research Alliance », qui compte aujourd’hui 34 membres issus de 20 pays, vise à développer de nouvelles stratégies communes de recherche et d’expérimentation.

Les scientifiques se sont réunis à Dijon, en Bourgogne (2-3 juin) pour tenter de répondre à la question clé de savoir comment s’éloigner des pesticides et atteindre les objectifs du Green Deal.

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EURACTIV s’est entretenu avec Xavier Reboud, chercheur en agroécologie à l’INRAE ​​de Dijon, lors de la un événement. Ses travaux portent sur l’agroécologie et les alternatives aux produits phytosanitaires.

Pourquoi est-il important que les chercheurs européens travaillent ensemble sur ce sujet ?

Parce qu’il faut beaucoup de temps pour trouver des solutions qui fonctionnent. INRAE ​​a investi il ​​y a 20 ans dans le développement de cépages naturellement résistants à l’oïdium et à l’oïdium. Aujourd’hui, ces variétés ne nécessitent que deux traitements fongiques pour protéger les vignes pendant toute la saison de croissance, au lieu de 15. C’est bien au-delà du délai de réduction de moitié de l’utilisation des pesticides. Donc la première étape est de partager ces connaissances avec nos partenaires, de partager ces solutions pour éviter de repartir de zéro à chaque fois.

De plus, les solutions pour passer au zéro pesticide se heurteront à une grande difficulté : la perte immédiate de productivité. Les agriculteurs ne pourront plus utiliser les meilleures variétés qui dépendent des produits phytosanitaires. Pour que les Français ne soient pas pénalisés par rapport à leurs voisins européens, dans cet espace de libre circulation des personnes et des biens, il faudra synchroniser les efforts de toutes parts. Il faudra négocier des accords bilatéraux au niveau européen et établir une sorte de réciprocité. Cela semble évident.

Les politiques françaises et européennes ont fait de la productivité une priorité au nom de la souveraineté alimentaire, notamment depuis la crise ukrainienne. Est-il possible dans ce contexte d’engager une sortie rapide des pesticides ?

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En fait, il existe des doutes quant à la disponibilité de ressources suffisantes pour apporter la souveraineté alimentaire à tous. C’est ce sur quoi nous travaillons. La communauté scientifique parle beaucoup de savoir si les systèmes organiques peuvent nourrir la planète, et notre travail prospectif cherche à voir si cela sera possible. pratiquer l’agroécologie dans toute l’Europe d’ici 10 ans.

Ce qui est clair, c’est que les solutions actuelles à court terme ne vont pas dans le sens d’une augmentation de la robustesse et de la résilience de nos systèmes, ni de l’autosuffisance, qui ne peuvent toutes exister que sur la base des processus naturels existants dans l’écosystème.

C’est le cas de la culture des jachères. Ceci est problématique car le but de ces terres était de se reposer, d’améliorer le stockage du carbone et de fournir un espace pour la biodiversité. Les mettre en culture, c’est abandonner le fait que ces espaces semi-naturels sont importants et significatifs dans l’écosystème. Vous ne pouvez pas conserver des aides aux cultures comme les coccinelles si vous n’y trouvez pas de pucerons. Et les pucerons ont besoin d’espaces comme des terres en jachère pour prospérer.

L’agroécologie peut-elle nous aider à nous éloigner des pesticides ?

Aujourd’hui, choisir l’agroécologie n’est plus une option mais une obligation. C’est dans ce système que nous devons réfléchir si nous pouvons couvrir tous nos besoins. Nous devrons trouver des moyens de récupérer la productivité par unité de surface. Il y a une approche en agroécologie qui émerge aujourd’hui : passer d’une seule culture par parcelle et par an à plusieurs cultures sur la même parcelle la même année. Cela génère un gain de production qui compense les pertes liées à l’utilisation des pesticides. Nous devrons également modifier les habitudes alimentaires des consommateurs, dans le respect de leur choix.

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Plusieurs études souvent citées montrent que la stratégie Green Deal « Farm to Fork » entraînera des pertes de production importantes. Étude prévoient une baisse d’environ 10 %. Que penses-tu?

Les Américains ont fait ce travail sur la base d’un calcul très capitaliste. Dans son système, la préservation de la biodiversité, le stockage du carbone, le respect du métier d’agriculteur et, enfin, la survie des territoires ruraux ne sont pas valorisés. Basés sur le seul critère de la productivité, les systèmes intensifs d’aujourd’hui, qui ont bénéficié de 50 ou 100 ans d’amélioration, sont en fait extrêmement performants. Et les variétés sont conçues pour être cultivées avec une protection phytosanitaire et des engrais ad libitum.

Si demain les agriculteurs cessent d’utiliser les pesticides, ils n’auront pas les bonnes variétés pour augmenter leur niveau de productivité. Mais d’un autre côté, nous payons des sommes très importantes aux agences de l’eau pour garder l’eau propre en raison des effets externes de l’agriculture intensive. Il faut donc avoir une analyse logique et multicritère. Ce sont toutes des questions que nous aborderons lors de la réunion avec nos collègues européens.

[Edited by Nathalie Weatherald]