Remo Gysin quittera ses fonctions de président de l’Organisation des Suisses de l’étranger (OSE) à la fin du mois. Partagez ce que vous avez appris au cours de vos six années de mandat.

SWI swissinfo.ch: Comment vous sentez-vous à la fin de votre mandat de président de l’OSE?

Remo Gysin: C’était l’heure. J’avais prévu d’arrêter il y a un an. Mais ensuite, la pandémie est arrivée.

SWI : Vous êtes impliqué depuis 21 ans avec OSA. Vous souvenez-vous de vos premières impressions ?

RG : Ce qui m’a fasciné dès le début, c’est cette organisation mondiale unique.

SWI : En même temps, c’est une organisation suisse de longue date, incarnant une sorte d’esprit suisse à l’ancienne.

RG : En effet. Lo vimos en el “día de los suizos en el extranjero” en la Fête des Vignerons (festival del viticultor que se celebra cada 20 años) en 2019 y en las celebraciones del centenario de la OSA en 2016, dos momentos culminantes de mi tiempo en la charge. C’est une vénérable tradition suisse d’émigrer. C’est vrai pour de nombreuses professions. Je connais un fromager qui a émigré au Bhoutan, est tombé amoureux et est resté. Il y a apporté son savoir-faire et sa créativité. Le hameau où il s’est installé acquiert l’électricité et l’eau courante peu après.

SWI : Un immigrant comme ça avait l’habitude de quitter le pays pour toujours. Mais les choses ont changé. Aujourd’hui, beaucoup de gens partent quelques années puis rentrent chez eux. Cela aide-t-il l’OSE lorsqu’elle essaie de défendre les droits politiques des Suisses de l’étranger?

RG : La jeune génération a un intérêt vital à contribuer aux développements chez elle. Aujourd’hui, vous voyez des gens qui vont et viennent. Les séjours à l’étranger sont plus courts. La connexion avec la Suisse reste active.

SWI : Ces personnes sont très mobiles et cosmopolites. Sont-ils moins suisses pour ça ?

RG : Pas du tout. Ils agissent comme une sorte de levure, ce qui est bon pour le pays. Ils apportent des points de vue extérieurs, des expériences et même des liens personnels solides. Cela vaut beaucoup pour ce pays. Pour moi, c’était toujours un moment fort quand je rencontrais un Suisse de l’étranger qui avait cet incroyable mélange de Suisse et d’ouverture sur le monde en général.

SWI : Vous pouvez également voir à quel point ces expatriés sont attachés au maintien d’un compte bancaire en Suisse.

RG : Ils ont raison et vu la situation des retraites et des remboursements des mutuelles, ils n’ont souvent pas d’autre choix. L’instabilité financière et le risque de perte de valeur de l’argent à l’étranger font qu’il est logique d’avoir un compte bancaire en Suisse. Mais aussi la nécessité d’effectuer des paiements de diverses natures, par exemple pour l’entretien des maisons ou des parcelles familiales dans les cimetières. De nombreux Suisses de l’étranger ont vu leurs comptes bancaires suisses annulés ou n’ont pas été autorisés à ouvrir un compte. La Banque Cantonale de Genève est désormais un partenaire qui fait un réel effort. Je ne vois pas les grandes banques en faire autant.

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SWI : Les frais bancaires semblent aussi un peu arbitraires, non ?

RG : Oui, et il en va de même pour les conditions de dépôt de 100 000 CHF ou plus. Là où il y a une volonté, il y a un chemin, mais la volonté fait défaut. Même dans le cas de Postfinance, propriété du gouvernement, je suis désolé de le dire. L’OSA et divers parlementaires ont soulevé cette question auprès du gouvernement fédéral à l’occasion.

SWI : Le gouvernement ignore la situation comme étant indépendante du secteur privé.

RG : Cela a ses limites. Les besoins fondamentaux des gens sont plus importants que la simple maximisation des profits.

SWI : De quel type d’organisation votre successeur héritera-t-il ?

RG : OSA est une organisation bien établie qui entretient de bonnes relations avec les institutions des secteurs public et privé. Il attend avec impatience les défis de l’avenir et peut compter sur 650 organisations suisses actives qui lui appartiennent.

Remo Gysin

Né en 1945 à Bâle, Gysin a étudié l’économie et a travaillé comme consultant en entreprise. De 1984 à 1992, il a été membre du gouvernement cantonal de la ville de Bâle.

En 1995, il a été élu membre du parlement national en tant que membre des sociaux-démocrates de gauche et était à Berne jusqu’en 2007.

Gysin a fait campagne pour l’adhésion de la Suisse à l’ONU et a participé à diverses missions internationales et délégations d’observation électorale.

Il est membre du Conseil des Suisses de l’étranger depuis 2001.

SWI : Quel est l’agenda de l’OSA pour l’avenir ?

RG : En plus de notre souci constant du vote électronique, de la sécurité sociale et des politiques bancaires, nous espérons continuer à donner la priorité à la politique étrangère suisse. Notre objectif est également de mieux faire connaître l’OSE en Suisse et de soutenir davantage les organisations suisses à l’étranger.

SWI : Quelle est la particularité de cette organisation ?

RG : Que nous nous unissions, surmontons nos différentes convictions politiques et veillons aux intérêts des 776.000 Suisses de l’étranger.

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SWI : Est-il toujours facile de parvenir à un consensus ?

RG : Bien sûr, il y a des points de vue différents dans l’AOS et des points de désaccord. Cela est évident lorsqu’il s’agit des relations de notre pays avec l’Union européenne ou, à un autre niveau, de l’utilisation de l’anglais lors des discussions au Conseil des Suisses de l’étranger.

SWI : Regardons quelques-uns des revers. Plus récemment, le retrait de la Suisse des négociations sur l’accord-cadre avec l’UE, la question bancaire et le vote électronique ont été des défaites durant son mandat.

RG : Tous ces développements étaient en dehors de la sphère d’influence de l’OSA. Les déboires en matière de vote électronique nous ont été difficiles à supporter. Maintenant, il y a à nouveau du mouvement. On ne peut qu’espérer que le gouvernement fédéral prenne vraiment le relais. Mais ce qui m’inquiète le plus en ce moment, c’est la question européenne. La relation de la Suisse avec l’Union européenne est cruciale. L’accord-cadre a été rejeté. Les « bilatéraux » sont désormais remis en cause et sont même démantelés ici et là. Les hommes politiques suisses donnent aujourd’hui l’impression qu’ils se préoccupent davantage des relations économiques avec les États-Unis et la Chine qu’avec l’Europe. C’est une énorme déception.

SWI : Pour vous ou pour les Suisses de l’étranger ?

RG : Pour toute la Suisse. Nous faisons partie de l’Europe. Plus de 60 pour cent de tous les Suisses de l’étranger vivent en Europe. Si la libre circulation des personnes, ainsi que les programmes éducatifs communs, sont remis en cause, c’est désastreux pour les perspectives sociales et professionnelles et pour le regroupement familial.

SWI : J’étais particulièrement convaincu qu’un mémorial suisse de l’Holocauste devait être construit. Le projet fonctionne déjà. Le Parlement l’a demandé au gouvernement fédéral. Tu es content?

RG : Oui, beaucoup. J’espère que ça arrivera.

SWI : Vous avez dit, en référence au monument, que « la frontière suisse ne doit pas être le lieu où s’arrête l’histoire de la Suisse ». Que veux-tu dire par là?

RG : Pendant longtemps, l’histoire de la Suisse s’est arrêtée aux frontières de ce pays. Cependant, les Suisses de l’étranger sont particulièrement conscients que la Suisse ne s’arrête pas à la frontière.

SWI : Qu’aimeriez-vous que l’OSA accomplisse d’autre ?

RG : Malheureusement, nous n’avons pas pu renforcer la représentativité du Conseil des Suisses de l’étranger. Des pays pionniers comme le Mexique, l’Australie et la Grande-Bretagne ont élu leurs délégués par courrier électronique de manière exemplaire. Cependant, d’autres pays n’ont pas suivi. C’est dommage, car le Conseil des Suisses de l’étranger doit être représentatif de l’ensemble de la diaspora suisse.

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SWI : Pourquoi est-il si important d’être représentatif ?

RG : Parce que la reconnaissance de l’OSA et son influence dépendent de la représentativité. Si seuls les membres d’associations suisses (pas plus de 2 à 4 pour cent de tous les Suisses de l’étranger) ont le droit de vote, la condition de représentativité n’est pas réellement remplie.

SWI : Avez-vous une solution ?

RG : Non, mais au moins une leçon a été tirée de ce qui s’est passé jusqu’à présent : le gouvernement fédéral et l’OSE doivent soutenir davantage d’associations suisses à l’avenir, et doivent accepter la nécessité d’une participation électorale plus large et modifier leurs statuts en conséquence.

SWI : Le Conseil des Suisses de l’étranger est un peu comme un parti politique, composé de délégués du niveau local. Il fait également entendre son point de vue en tant que parti politique. Cela pourrait même être considéré comme tel, non ?

RG : Le Conseil des Suisses de l’étranger, qui compte 140 membres, s’apparente en réalité plutôt à un parlement. Ses membres sont élus dans des circonscriptions régionales, qui forment alors une délégation géographique qui ressemble un peu à un parti.

SWI : Une étape de plus pourrait être les sièges au Parlement fédéral attribués aux Suisses de l’étranger, comme l’ont désormais la France et l’Italie.

RG : Un groupe de travail s’est penché sur cette question et a conclu qu’elle serait très difficile à mettre en œuvre. Les Suisses de l’étranger ont des points de vue et des attitudes différents, tout comme ils le feraient s’ils vivaient en Suisse. S’il existait un groupe de représentants appelés « Suisses de l’étranger », le consensus qu’ils pourraient atteindre sur la plupart des questions parlementaires serait très faible.

SWI : La représentation au parlement n’est donc plus un objectif ?

RG : Oui, mais cela se fera très probablement de manière traditionnelle en incluant des candidats sur les listes cantonales des partis. Un autre modèle serait de traiter les Suisses de l’étranger dans le monde comme un canton, en élisant leurs propres représentants au parlement fédéral. Les Suisses de l’étranger auraient alors une présence parlementaire garantie dans les deux chambres du Parlement. C’est une vision qui vaut la peine d’être contemplée.

Traduit de l’allemand par Terence Macnamee