Il est des tempéraments de nature précoce : les cinq Canadiennes de The Organ devaient avoir l’âge de danser dans les cours de récré lorsque commençaient à sévir à dans les clubs underground les groupes auxquels elles se réfèrent. Avalant et digérant Joy Division, Cure, les Smiths comme on se jette affamé sur son biberon, les jeunes pousses en ont recraché un disque inspiré et candide, touchant de sincérité et de spontanéité.
Si c’est la présence d’un orgue dans la composition du groupe qui lui donne son nom, ce n’est pourtant pas ce qui caractérise le plus le son de The Organ. Souvent discret, le clavier saupoudre d’une touche retro l’athmosphère d’un disque déjà plongé dans la mythologie des années 80. D’abord par ce son de guitare, bardé de delay et d’écho, qui nous rappelle qu’il n’y a pas eu que la découverte de la saturation dans l’histoire du rock’n roll ! Dès les premières minutes, on n’entend quelle, cette guitare plutôt inspirée, qui manie le riff avec une efficacité redoutable. C’est ce qui fait la touche de The Organ, avec la voix de Katie Sketch chanteuse au timbre mélancolique (voire plaintif), qui rappelle alternativement Robert Smith et Morissey.
Le reste, c’est du poum-tchak binaire, une basse et une batterie d’une métronomie très…new-wave (pour ceux qui suivent), et qui donnent un côté très épuré aux chansons. Sans arrangements outrecuidants, sans effets de style mal placés, le groupe tient sa ligne droite d’un bout à l’autre du disque, puisant sa richesse dans les petites trouvailles mélodiques pas si fleur bleue que ça et qui font de « Brother », « Love, love, love » ou « Sudden Death », des perles d’efficacité mélodique, qu’on murmure longtemps après les avoir écoutées.
Il est vrai, le disque connaît sur la longueur quelques baisses de régime, mais il est fait avec la foi des débutants. Le côté franc et non travaillé lui donne cette dimension d’esquisse, qui laisse présager de tout ce dont le groupe sera capable lorsque viendra l’âge de la maturité.
greg